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Critique de l’écriture inclusive : trois éléments de réponse

Critique de l’écriture inclusive : trois éléments de réponse

Dans une tribune intitulée « Je réfute les« termes auteure », ou « autrice », le vrai féminisme c’est de m’appeler « auteur », Audrey Jougla, qui réclame le statut d’ « auteur », esquisse une critique de la féminisation des noms de métiers.

S’il ne s’agit pas de condamner ses propos – Audrey Jougla exprime là un point de vue et un souhait ; utiliser le masculin pour désigner sa profession – il serait dommage de ne pas saisir cette opportunité de répondre à quelques-uns des arguments qu’elle y expose, tant ceux-ci sont récurrents.  

1.       L’écriture inclusive n’est pas un sujet consensuel

Sans cela cette tribune n’aurait pas été écrite et il n’y aurait aucun intérêt à formuler ces contre-arguments. Nous relevons chaque jour bon nombre de critiques, certaines constructives, d’autres haineuses. Quelques minutes sur Twitter permettent d’ailleurs aisément de le constater : « Ça devient lassant cette dictature du politiquement correct pour essayer d'imposer l'écriture inclusive !!! », « Le cauchemar de l'écriture inclusive. Il n'y a plus de phrases, juste des mots en miettes, au nom du respect. » « Rajouter un E aux mots aiderait les femmes à éviter l'excision ou avoir 1 salaire équivalent celui des hommes ? NON » : la féminisation des noms de métiers, et plus encore l’écriture inclusive, sont encore loin d’être les fers de lance d’une nouvelle doxa que nous chercherions à imposer et à laquelle quelques défenseurs et défenseuses de la langue française s’emploieraient péniblement à résister.

 

2.       L’écriture inclusive permet de désigner sa profession comme souhaité et favorise une égalité des représentations

Certes, comme ce blog en donne quelques exemples, l’écriture inclusive est une pratique qui progresse. La menace de ne plus pouvoir recourir au masculin pour désigner sa profession librement demeure toutefois très mince. N’inversons pas la charge : nombreuses sont encore les femmes à devoir se battre pour être appelées « directrices » ou « contrôleuses », « cheffes » ou « ingénieures ». Qu’en est-il de leur liberté à désigner leur profession comme elles le souhaitent ? Qu’en est-il de celles dont le nom de métier lorsqu’il est accordé au féminin est perçu comme moins prestigieux, provoque des moqueries sinon des propos injurieux ? On peut peu penser au terme d’ « entraineuse » par exemple.

Le fait que notre langue entretient discursivement et socialement la relégation du féminin a déjà été maintes fois prouvé. Des études ont également montré que le recours au masculin active davantage de représentations masculines que féminines. Partant de ce constat, l’objectif n’est pas de valoriser un genre au détriment d’un autre ou de surinvestir la question du genre par « bien-pensance » ou démagogie, mais de permettre à celles et ceux qui le souhaitent de se désigner comme elles et ils l’entendent tout en cultivant des représentations aussi bien féminines que masculines pour favoriser la projection et susciter des vocations. Le talent n’attend effectivement pas le genre, mais ce dernier conditionne les opportunités de l’exprimer.

 

3.       Non, revendiquer le féminin n’est ni aveu de faiblesse, ni une question secondaire

Le terme « maïeuticien » pose-t-il problème ? S’offusque-t-on de l’emploi des termes « assistant maternel » ou « infirmier » ? Lorsque le nom de métier est initialement féminin ou connoté comme tel, peu s’opposent à l’accord en genre au masculin ou à la création d’un terme spécialement dédié aux hommes. Loin d’être un aveu de faiblesse, cela s’entend comme tout à fait légitime. Alors pourquoi l’inverse serait-il inutile, choquant ou rabaissant ? Question d’habitude et de résistance au changement sans doute. Le fait même de devoir justifier une revendication disqualifiée car considérée comme « féminine » démontre l’importance de ce combat par le verbe qui en rejoint d’autres,  les uns n’étant pas nécessairement exclusifs des autres.  

Réjouissons-nous malgré tout de la publication de la  tribune d’Audrey Jougla. Plus une controverse est incarnée, plus elle témoigne de la maturité d’un sujet qui est définitivement d’actualité et participe finalement à un objectif essentiel : mettre en lumière les inégalités entre les femmes et les hommes pour lutter contre elles.

 

Pour en savoir davantage, téléchargez le manuel d’écriture inclusive

 

Chloé Sebagh

Cheffe de projet chez Mots-Clés

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